Système éducatif et Enseignement catholique
Fonctionnement du système éducatif français
[ Mots-clés : mixité sociale, liaison lycée-enseignement supérieur, , , , , , , , ]
Véronique Glineur
Formiris Services nationaux
21-12-2009
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Les bacheliers de « première génération »
Dans l’édition 2009 de « France, portrait social », Jean-Paul Caille et Sylvie Lemaire publient une étude montrant que l’origine sociale détermine durablement les parcours scolaires.

Conséquence de l’élévation du niveau de formation initiale, un bachelier sur deux provient d’une famille dans laquelle aucun des deux parents ne détient ce diplôme, rappellent Jean-Paul Caille et Sylvie Lemaire 1. Pour ces bacheliers de ‘‘première génération’’ 2, l’accès au baccalauréat reste fortement lié à la manière dont s’est déroulée leur scolarité à l’école primaire et à leurs acquis à l’entrée au collège. « Entrer au collège avec retard ou avec un déficit d’acquis en français ou en mathématiques diminue fortement les chances de devenir bachelier de ‘‘première génération’’ », soulignent les auteurs.

Ces inégalités de réussite scolaire qui se manifestent très tôt tiennent pour partie à l’environnement familial des enfants. En cause « les disparités de ressources financières et culturelles que les parents peuvent mobiliser pour aider leur enfant dans ses études », mais aussi le rapport des familles à l’Ecole et la croyance en l’utilité professionnelle des diplômes. « Interrogés au cours de la troisième année au collège de leur enfant, les parents qui n’ont pas le baccalauréat avaient en commun de ne pas lier prioritairement l’insertion professionnelle à l’acquisition d’un diplôme de l’enseignement supérieur : moins de 20% d’entre eux établissaient un tel lien contre près de 60 % des familles dans lesquelles les parents sont bacheliers », notent les auteurs.

L’environnement familial pèse également sur les choix d’orientation poursuivent Jean-Paul Caille et Sylvie Lemaire. Les bacheliers de ‘‘première génération’’ font en effet des choix moins ambitieux que les bacheliers ‘‘de père en fils’’ 3. « 92 % de ces derniers ont été orientés en seconde générale et technologique contre seulement 72 % des bacheliers de ‘‘première génération’’ », cet écart s’accentuant en fin de seconde : « au sortir de cette classe, observent les auteurs, la moitié des lycéens issus de familles de non-bacheliers, mais les trois quarts de jeunes dont au moins un parent possède ce diplôme, se sont dirigés vers une série générale ».

Cette orientation dans les voies technologique et professionnelle n’est pas sans conséquence sur les études ultérieures des bacheliers de ‘‘première génération’’ et sur leur parcours dans l’enseignement supérieur.
Ils sont d’abord moins nombreux à poursuivre leurs études une fois le baccalauréat obtenu. Quant à ceux qui s’inscrivent dans l’enseignement supérieur, ils privilégient les filières courtes (STS, IUT), gages d’une insertion professionnelle rapide. A l’inverse, « ils intègrent moins souvent, à niveau scolaire comparable, une CPGE ». A l’issue de cette dernière, poursuivent les auteurs, ils prolongent également moins souvent leurs études dans une grande école. « Quatre ans après leur baccalauréat, […] seuls 4 % des bacheliers de ‘‘première génération’’ ont intégré cette filière contre 17 % des bacheliers ‘‘de père en fils’’. »
Une situation que les auteurs expliquent par de moindres ambitions – « accéder à l’enseignement supérieur et y obtenir un diplôme, même s’il s’agit d’un diplôme de niveau bac + 2, constitue déjà une étape importante dans l’histoire familiale » - le coût élevé d’une scolarisation dans une grande école (droits d’inscription, logement, nourriture, transports) et un manque d’information sur ces filières et sur leurs atouts en termes d’insertion professionnelle. Mais aussi une situation qui tient aux modes de recrutement des grandes écoles dont les épreuves restent socialement discriminantes.

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1. « Les bacheliers de ‘‘première génération’’ : des trajectoires scolaires et des parcours dans l’enseignement supérieur ‘‘bridés’’ par de moindres ambitions ? », in France, portrait social, édition 2009, INSEE. Accéder à l’étude.
2. Expression emprunté à Stéphane Beaud. Cf. 80 % au bac … et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire, Editions La Découverte, 2002. Dans cet ouvrage, Stéphane Beaud s’intéresse au parcours des lycéens de première génération, à savoir « les élèves qui appartiennent à des familles populaires dont les parents n’ont pas fait d’études ou sont passés par des études professionnelles (titulaires de CAP ou de BEP) ».
3. L’expression désigne « tous les garçons et les filles dont au moins un des deux parents est titulaire de ce diplôme que ce soit le père, la mère ou les deux personnes ».


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